Où va le théâtre lorsqu’il n’est pas sur le plateau ? A la marge. En l’occurrence, dans un corridor qui surplombe le public, là où se tient et d’où s’exprime, à La Colline, à Paris, la romancière et essayiste Léonora Miano. Elle signe, avec Redemption Song, sa toute première mise en scène. Programmé sur le grand plateau par l’ancien directeur de la maison Wajdi Mouawad, le texte de l’autrice (publié aux éditions The Quilombo Publishing) aurait sans doute gagné cette acuité qui lui fait tant défaut s’il avait été représenté sur une plus petite scène.
C’est ce dont on veut se persuader à la sortie d’un spectacle décevant dont le propos se disperse dans de fumeuses directions, malgré la tentative des comédiens de muscler une parole qui relève plus souvent du discours que de l’oralité. L’argument ne manque pourtant pas d’intérêt : l’écrivaine imagine, au XXIIe siècle, les fondations d’un monde (la Nubia, creuset d’une Afrique autonome) qui invente des règles et des lois affranchies des dominations habituelles.
Ce pays rêvé, où les femmes ont le pouvoir face à des hommes frappés de faiblesse morale, s’incarne dans un duo conjugal que soude un mélange de haine, d’amour et d’érotisme : Fara (Astrid Bayiha), reine de la Nubia, figure de proue de l’émancipation, et Francis (Ayouba Ali), son époux, relique d’une France colonisatrice rongée par le remords, mais prête à toutes les trahisons. La lutte qui s’engage se décline jusqu’aux générations suivantes avec Konga et Isidore, les deux fils du couple, qui réitèrent le combat des fondateurs de Rome, Romulus et Rémus, le premier assassinant le second pour dessiner les contours de la société à venir.
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