Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées vendredi 30 octobre à 18 heures, à Trappes, pour un rassemblement contre le racisme et l’islamophobie à l’appel du maire de la ville, Ali Rabeh (Génération.s), en hommage aux victimes de l’attentat raciste dans les Yvelines la semaine précédente.
Des figures politiques, principalement de gauche, parmi lesquelles Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), Raphaël Glucksmann (Place publique), Olivier Faure (Parti socialiste [PS]), Marine Tondelier (Les Ecologistes) et Ségolène Royal (PS), sont présentes. Une scène a été installée, où l’on peut lire affiché le slogan « contre le racisme, choisir la République ».
Le maire de la ville a pris la parole. Il a dit sa solidarité avec les victimes et leurs familles, et a décrit Pengo Bossio Wangi, 26 ans, mort sous les balles, comme « un jeune homme solaire, avenant, joyeux, un travailleur, un passionné de sport qui voulait en faire son métier. C’était un fils, un frère, un ami. Il ne méritait ni les balles ni la haine de son assassin. »
Vendredi 23 octobre, à bord de sa voiture, Kevin T. a abattu Pengo Bossio Wangi, et a blessé sept autres personnes, dont une fillette de 12 ans touchée grièvement à La Verrière. Le suspect, âgé de 39 ans, a été mis en examen jeudi à Paris et écroué, après avoir, selon l’accusation, reconnu avoir ciblé des personnes musulmanes, africaines ou nord-africaines.
« Ouvrez les yeux », a martelé vendredi Ali Rabeh. « L’assassin n’a pas choisi ses victimes au hasard. Il revendique avoir ciblé des Arabes, des Noirs, des musulmans. Sa haine ne vient pas de nulle part. Elle a été inoculée dans son esprit par la répétition incessante des mots, des discours qui ont fait de ces minorités des cibles à abattre », a-t-il affirmé. Les mots, selon lui, de Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), « qui a appelé à protéger la France d’une “submersion migratoire” ». Les mots aussi de sa candidate à la présidentielle, Marine Le Pen, « qui considère que l’immigration est un “drame pour la France”, que derrière l’immigration massive, il y a le terrorisme et l’islamisme ».
« Aucune minorité ne sera épargnée »
M. Rabeh est revenu sur l’exemplaire de Mein Kampf, d’Adolf Hitler, ainsi que sur les 30 autocollants portant la mention « Vive la France, RN, fier d’être français », retrouvés au domicile de l’auteur de l’attaque terroriste, Kevin T. « Que faut-il de plus pour ouvrir les yeux ? Qui osera prétendre encore que ce parti a fait sa mue et a abandonné son projet raciste ? Le RN a assuré la transmission de la haine à travers les décennies. Ce parti, fondé par d’anciens SS, est désormais présidé par un homme qui a fait la synthèse odieuse de l’antisémitisme dissimulé et de l’islamophobie revendiquée », a-t-il tonné sous les applaudissements, mentionnant les enquêtes de Mediapart sur les propos antisémites attribués à M. Bardella.
Et d’ajouter : « Hier, le clan Le Pen ciblait explicitement les juifs. Aujourd’hui, il pointe les musulmans, les immigrés et leurs descendants. Mais ne vous y trompez pas, aucune minorité ne sera épargnée. Que personne ne se croie à l’abri. Que les consciences s’éveillent et que le drame vécu par nos populations nous sorte de la torpeur et de l’inaction ».
« Le terroriste n’a pas choisi Trappes par hasard », a poursuivi le maire de la ville. « Les auteurs des mots assassins lui ont désigné la cible. Quand Marine Le Pen affirme que Trappes est devenue un “territoire perdu de la République” sous le poids d’une “immigration massive et ininterrompue”. Quand Jordan Bardella décrit Trappes comme une “République islamique” en miniature, quand il exhorte les siens à rendre Trappes à la France, quand il ajoute “notre civilisation peut mourir” et qu’il précise que l’horloge tourne. Que fait-il d’autre que de presser ses troupes à passer à l’acte ? », s’est-il interrogé.
« Milliardaires xénophobes »
M. Rabeh est également revenu sur le rôle des médias. « [Les racistes] s’en sont pris à un pilier essentiel de notre démocratie : les médias ont été leurs premières cibles », a-t-il avancé, visant en particulier les « milliardaires xénophobes » qui ont, selon lui, « soumis des pans entiers de la presse, de la télévision et de la radio » pour « imposer leur récit » et « conquérir le pouvoir ». Sur des chaînes, comme Cnews, on entend ainsi, affirme-t-il, des « discours de haine rabâchés à longueur d’antenne, jamais interrompue, même en période de deuil ».
Au-delà de l’extrême droite, une partie du champ politique a, selon M. Rabeh, sa part de responsabilité. « Beaucoup, dans le camp républicain, ont cru bon de donner des gages [au RN] en reprenant ses termes, en flirtant avec ses thèses, jusqu’à inscrire dans la loi ses revendications », a-t-il affirmé. « Chacun de ces reculs, chacune de ces compromissions, a contribué à fissurer la digue », a-t-il mis en garde.
Il s’est aussi adressé aux électeurs tentés par le RN. « Je sais que vous êtes nombreux à ne rien partager de ces idées racistes, antisémites et islamophobes. Je vous en conjure, ouvrez les yeux et faites le choix de la République », a-t-il supplié. Enfin, s’adressant « à ceux que l’on dit issus de l’immigration, (…) à ceux qui sont français depuis des temps immémoriaux, mais qui ont la peau noire », le maire leur a tonné pour finir : « La France, c’est nous ». S’en est ensuite suivie une Marseillaise.
« Où était la droite ? », s’interroge Marine Tondelier
« [Nous sommes] au bord d’un grand basculement », a, pour sa part, mis en garde Ségolène Royal, qui appelle à « faire barrage » et « à résister » pour éviter qu’il se concrétise. « [L’attentat] préfigure ce qui se passerait si les racistes arriv[aient] aux responsabilités », a-t-elle ajouté, plaidant pour le maintien d’un « cordon sanitaire » face à l’extrême droite. Elle a également fustigé un « flot de haine, de hargne, de propos racistes qui n’[auraient] plus aucune limite », pointant du doigt la responsabilité de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) qui laisserait se déverser dans les médias « un déferlement de racisme nauséabond ».
De son côté, la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, a dit sa « crainte » que « le lendemain, tout le monde passe à autre chose parce qu’il y a toujours une actualité qui en chasse une autre ». « C’est extrêmement important qu’on arrive chaque jour à continuer à parler de ce qui s’est passé, à ne pas faire comme si c’était normal, à ne pas faire comme si c’était banal », a-t-elle ajouté, précisant que « beaucoup de partis politiques ont envie de passer à autre chose ».
« Il y a 1 200 000 Français qui, chaque année, se disent victimes d’un acte raciste, 97 % ne porteront jamais plainte. Ils sont Français, ils ne sont que Français, ils n’ont pas de pays de rechange. Et ils se sentent menacés par ce qui peut se passer dans six mois, à l’élection présidentielle », a-t-elle affirmé. Mme Tondelier salué le fait que, lors de ce rassemblement, « tous les partis politiques de gauche étaient là ensemble », mais s’est interrogée : « Où était la droite ? Ce n’était pas un rassemblement de gauche ce soir. Tout le monde avait été invité (…) Il fallait être là ».
Un rassemblement distinct de celui à Trappes a eu lieu en milieu d’après-midi vendredi à La Verrière, l’une des deux communes meurtries avec Trappes. Quelques centaines de personnes, dont la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, et le président du conseil départemental des Yvelines, Pierre Bédier, se sont rassemblées sur le parvis de l’hôtel de ville de La Verrière, à l’appel du maire Nicolas Dainville (divers droite).
Edouard Philippe, candidat Horizons à l’élection présidentielle, était également présent. « Cet acte terroriste nous rappelle une vérité que nous ne devrions jamais oublier : le racisme est un poison qui fracture notre société », a-t-il déclaré.