La cour d’assises de Paris a condamné mercredi 7 octobre en appel à dix ans et douze ans de détention deux accusés liés aux attentats de Trèbes (Aude) et Carcassonne en 2018 qui avaient fait quatre morts dont le gendarme Arnaud Beltrame.
La peine est beaucoup plus lourde qu’en première instance : Marine Pequignot, la petite amie de l’assaillant Radouane Lakdim, avait été condamnée à cinq ans de prison dont deux avec sursis, alors que Samir Manaa, qui avait accompagné ce dernier acheter un couteau, s’était vu infliger une peine de trois ans d’emprisonnement.
Mardi, au terme de son réquisitoire, l’avocat général avait réclamé respectivement seize et vingt ans de réclusion pour « association de malfaiteurs terroristes », un motif que la cour d’assises d’appel a retenu.
Au contraire, lors du premier procès, les magistrats avaient écarté cette qualification pour Samir Manaa, relevant à l’époque que cette infraction « implique quand même des actes matériels au soutien, à tout le moins, d’un projet terroriste : s’il n’y [en] a pas, même en cas de complaisance, on ne peut pas [la] retenir ».
Mais les juges d’appel ont pour leur part considéré que celui qui a aujourd’hui 32 ans avait « la connaissance de l’appétence de Radouane Lakdim pour la violence » lorsqu’il l’a conduit dans une armurerie. « Que vous ne partagiez pas à l’époque son idéologie radicale est sans effet », a encore souligné la présidente de la cour d’assises, en soulignant son « absence de remise en question » et sa « posture victimaire ».
A propos de Marine Pequignot, la cour a relevé qu’elle n’ignorait rien « des desseins mortifères de [son] petit ami », alors que sa propre « radicalisation extrême résultait d’une démarche personnelle ». Les deux condamnés, qui comparaissaient libres, ont été incarcérés à l’issue du prononcé du verdict.
Troisième accusé expulsé au Maroc
Le 23 mars 2018, Radouane Lakdim, 25 ans, fiché S, avait d’abord tué une personne sur un parking de Carcassonne réputé pour être un lieu de rencontre homosexuelle. Puis, dans un supermarché de Trèbes, il en avait exécuté trois autres, dont le gendarme Arnaud Beltrame qui s’était livré comme otage à la place d’une femme. L’assaillant avait été abattu par les forces d’intervention.
Le procès en appel s’était ouvert à Paris le 14 septembre devant une cour d’assises spécialement constituée, exclusivement composée de magistrats professionnels. Un troisième accusé, Baghdad H., l’ami qui n’avait pas dénoncé l’assaillant selon l’accusation, avait également fait appel de sa condamnation à trois ans d’emprisonnement dont deux avec sursis, mais il ne s’était pas présenté devant la cour : il a entre-temps été expulsé au Maroc après le retrait de son titre de séjour en France, et n’a pu depuis être localisé. La cour avait décidé de disjoindre son cas pour un éventuel procès ultérieur.
« Pour les victimes, la reconstruction ne se mesure pas en années de prison », toutes « cherchent donner un sens à leur épreuve », a déclaré auprès de l’Agence France-Presse Me Blandine Gentil, l’avocate de l’Association française des victimes du terrorisme, partie civile, qui entend lutter contre « tous les discours qui tendent à justifier ou minimiser la gravité des attentats ».