A l’approche de l’examen du budget 2027, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a appelé, mardi 22 septembre, les socialistes à renouer avec « cet esprit de responsabilité et cette volonté d’aboutir » qui avait permis, selon lui, l’adoption du budget 2026.
Dans une lettre adressée aux députés et sénateurs socialistes, dont Le Monde a pris connaissance, le premier ministre a dit vouloir poursuivre « la démarche » de compromis, « dans le respect des convictions de chacun ». Il a rappelé les concessions faites en 2025, notamment la suspension de la réforme des retraites, un « choix particulièrement difficile », « éloigné de [s]es convictions », mais qu’il dit avoir « assumé pour éviter au pays d’entrer dans une grave crise politique et financière ».
Le budget 2026 avait été adopté au terme d’un long feuilleton parlementaire : après des semaines de négociations, l’échec de la commission mixte paritaire avait contraint le gouvernement à recourir provisoirement à une loi spéciale pour assurer la continuité de l’Etat. Le budget n’avait finalement été adopté qu’en février, avec plusieurs semaines de retard sur le calendrier habituel.
Pour 2027, le chef du gouvernement propose d’entrer dans une discussion « mesure par mesure ». Les projets de loi de finances et de financement de la Sécurité sociale constitueront, écrit-il, « le point de départ de la recherche d’un accord ». Il souhaite examiner les propositions socialistes avec les ministres concernés, « sur la base de chiffrages partagés et d’une appréciation de leurs conséquences économiques et sociales ». La discussion devra être « sérieuse, transparente et publique », afin que « toutes les idées » puissent être débattues, tout en cherchant à « préserver l’équilibre financier d’ensemble et à répartir l’effort avec justice ».
Conséquences d’un blocage
Sébastien Lecornu dit partager avec les socialistes leur inquiétude concernant le poids de la dette. « Le poids croissant des intérêts de la dette réduit les moyens disponibles pour l’école, l’hôpital ou l’investissement », écrit-il, avant de mettre en garde contre une absence durable de budget. Une telle situation exposerait, selon lui, les Français à « l’austérité la plus dure : celle que l’on subit, faute d’avoir pu décider et choisir ensemble ». Il appelle aussi à faire avancer plusieurs textes soutenus par les socialistes, notamment sur les violences faites aux femmes et aux enfants, l’agriculture, le logement ou encore l’encadrement des loyers.
Le premier ministre insiste, enfin, sur les conséquences d’un éventuel blocage à l’approche de l’élection présidentielle. « A quelques mois de l’élection présidentielle, un blocage pourrait en outre se prolonger jusqu’au lendemain du scrutin », voire au-delà en cas de nouvelles élections législatives, écrit-il. Il évoque « plusieurs mois d’incertitude pour les ménages, les entreprises et les collectivités ». « Le débat électoral à venir ne peut suspendre les décisions dont le pays a besoin maintenant », affirme-t-il.
L’appel au compromis intervient alors qu’Olivier Faure a affiché une position beaucoup plus ferme. Dans un entretien à Politis, le premier secrétaire du Parti socialiste a déclaré : « Je ne vois pas ce qui pourrait conduire vers une autre décision que la censure. » Il a notamment reproché au gouvernement de répondre « positivement à toutes les demandes formulées par Jordan Bardella » et estimé que « tous les signaux [étaie]nt au rouge sur le pouvoir d’achat des Français ».
Dans sa lettre, Sébastien Lecornu se dit pourtant prêt à poursuivre le dialogue « avec la même franchise et la même volonté d’aboutir ». « Le gouvernement ne se mêlera pas de la campagne présidentielle. Il a un pays à servir jusqu’au dernier jour », écrit-il. Avant de conclure : « Le désaccord n’interdit pas d’agir ensemble lorsque l’intérêt du pays le commande. »