La Préfecture de police de Paris (PP) a interdit, vendredi 30 octobre, dans des arrêtés distincts, les parcours de manifestation dans le centre de Paris déposés par la CGT et des « gilets jaunes » pour la journée de mobilisation de samedi contre « la vie chère ». La PP a proposé un autre parcours, unique, en périphérie, entre la porte de Bagnolet et la porte de Charenton, avec un départ de cortège fixé à 14 heures.
La CGT souhaitait défiler samedi entre les places de la Bastille et de la Nation, tandis que le collectif de « gilets jaunes » avait déposé un parcours allant de la place de la Bastille à celle de la Concorde. Ces deux itinéraires sont incompatibles « avec les impératifs de l’ordre public » en raison de la présence « en nombre des commissariats de police, des agences bancaires, des commerces et des enseignes de restauration rapide », notamment, est-il expliqué dans l’arrêté de la PP publié vendredi.
Dans « un contexte social extrêmement tendu », et « afin de préserver la liberté de manifester dans le cadre de cette mobilisation sociale tout en prenant en compte les impératifs de l’ordre public et la nécessité de prévenir les débordements et les exactions », les parcours distincts déposés par la CGT et des « gilets jaunes » doivent « converger » en un seul rassemblement.
La préfecture a par ailleurs ordonné un couvre-feu dans les secteurs de la place de la République et de Châtelet-Les Halles pour les nuits de samedi à dimanche et de dimanche à lundi, entre 23 heures et 6 heures. Avec la manifestation « contre la vie chère » et la fête d’Halloween samedi, « les mesures de police visant à maintenir ou à rétablir l’ordre, tel qu’un couvre-feu, demeurent, dans le contexte actuel, impérativement nécessaires » et « sont justifiées par l’existence de troubles à l’ordre public », est-il écrit dans un arrêté distinct.
Vendredi matin, la porte-parole de la PP, Hélène Denéchère, a justifié, sur RMC, le refus des itinéraires déposés et la proposition de « lieux plus aisés à sécuriser et moins exposés pour les commerçants ». « Tant que la menace à l’ordre public sera aussi élevée, l’adaptation du parcours sera systématiquement recherchée pour permettre [sa] sécurisation », a-t-elle dit. « La liberté constitutionnelle de manifester ne doit pas aller à l’encontre de la liberté du commerce, de la liberté d’aller et venir », a-t-elle encore affirmé.
L’intersyndicale annonce contester les interdictions
L’intersyndicale a fait savoir qu’elle allait contester en justice les interdictions de la PP, qu’elle accuse de vouloir « museler la colère sociale ». « La préfecture nous balade de parcours en parcours », a dénoncé la trésorière de l’UNEF, Clara Privé, lors d’une conférence de presse. « Ils considèrent que tout Paris est un centre-ville. On a proposé un parcours Bastille-Nation qui est clair, que l’on connaît, qui est sécurisé et sécurisant. Aujourd’hui la préfecture veut nous remettre sur les [boulevards des] Maréchaux. » « On trouve ces manières inadmissibles et cela montre que la préfecture veut museler la parole de la jeunesse. (…) Nous ferons tout notre possible pour pouvoir marcher demain entre Bastille et Nation », a ajouté l’intersyndicale.
« On assiste à une répression administrative insupportable », a pour sa part estimé un représentant de l’Union étudiante. « On continuera dans la rue, peu importent leurs manigances, leurs manœuvres, et on sera massivement dans la rue ce samedi », a-t-il prévenu. « On va attaquer en justice dès aujourd’hui, on a des recours en référé-liberté qui sont en train de partir justement pour attaquer cette décision qui, pour nous, met en danger la sécurité », a déclaré Suzanne Nijdam, présidente de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE). Concernant le parcours imposé par la Préfecture de police, « on fera un choix en intersyndicale, commun, parce que pour nous c’est très important aussi de rester unis dans ce genre de moments, qui deviennent très graves », a-t-elle ajouté.
Jeudi, sept syndicats de salariés et d’étudiants avaient attaqué en référé la Préfecture de police de Paris afin que soit publié « au plus vite » un arrêté d’interdiction partielle de manifester, pour avoir le temps de le contester en justice. Mercredi, la CGT, FO, la FSU et Solidaires, ainsi que la FAGE, l’Union étudiante et l’UNEF avaient fait savoir que les autorités leur avaient signifié oralement l’interdiction de leur parcours.