Quelques mois après mon arrivée à Paris, en 2022, la normalisation de ma situation patine. Chaque fois que j’ai un problème à résoudre, tôt ou tard, je bute sur la même épine : le compte bancaire. Sans un IBAN français, pas d’Internet, pas d’assurance, pas d’eau, pas d’électricité. S’il y a un sujet, en arrivant en France, dont je suis persuadée qu’il sera une simple formalité, c’est bien ouvrir un compte bancaire. J’entends pourtant, ici et là, des signaux inquiétants. On me raconte des histoires de comptes fermés pour des détenteurs de passeports russes « rouges » – par analogie avec l’URSS. Sur Internet, les échanges entre émigrés grouillent d’histoires tantôt angoissantes, tantôt loufoques, du genre : « Comment j’ai essayé d’ouvrir un compte dans trois banques, et la quatrième m’a enfin accepté. »
Je dois constater aujourd’hui que devenir cliente d’une banque française et y mettre mon argent relève de l’exploit. Parce que je suis russe. Et pourtant, je répète que j’ai dû m’exiler à Paris en raison de mon statut d’« agent de l’étranger », que ce statut me collait à la peau parce que je suis journaliste et opposante à la guerre en Ukraine, et que rester à Moscou, avec ma femme et ma fille, aurait pu nous mettre en danger.
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