War chronicles

« Quel drôle de destin, Cannes récompense un film qui raconte le drame des Russes et de la Russie, la nation qui nous agresse, au moment où des missiles tombent sur nous, les civils ukrainiens »

« Quel drôle de destin, Cannes récompense un film qui raconte le drame des Russes et de la Russie, la nation qui nous agresse, au moment où des missiles tombent sur nous, les civils ukrainiens »

Kyiv, le 27 mai 2026,

Chers lecteurs, chères lectrices,

J’avais bien sûr prévu de vous parler de la venue d’Olga et de Zakary, de la joie de nous être retrouvés, de mon anniversaire qu’on a fêté ensemble mais, comme d’habitude, mes projets ont été rattrapés par la réalité. Je n’arrive à penser qu’à la nuit du samedi 23 au dimanche 24 mai.

L’après-midi du 23, j’avais animé des clubs de discussion en français avec mes étudiants autour du sujet du jour : le Festival de Cannes, qui se clôturait le soir même. Passionnée de cinéma, je suis chaque année cet événement de très près. Depuis la veille, des infos circulaient sur une potentielle grosse attaque sur Kyiv [Kiev, en ukrainien], mais j’avoue que je n’y avais pas prêté attention. Je n’avais préparé aucune affaire : ni documents d’identité, ni vêtements pour Marian, ni eau, ni snacks. Nous nous sommes donc endormis normalement avant d’être réveillés, vers minuit et demi, par des attaques massives dans tout notre quartier. Sous le bruit de frappes si fortes qu’elles me semblaient tomber dans notre cour, Dima a attrapé Marian et j’ai ramassé quelques affaires dans une sorte d’automatisme.

Nous sommes descendus dans le hall de l’immeuble et nous sommes réfugiés dans un couloir. Près de l’escalier mais éloignés de la cage d’ascenseur. Pendant les attaques balistiques comme celle-ci, les missiles tombent à la verticale, et ils peuvent traverser des immeubles jusqu’au sous-sol en s’engouffrant par l’ascenseur. On est restés là sept heures.

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