Le « commissaire divisionnaire Patrice B. » s’exprime avec assurance, d’un ton ferme mais poli. Au regard de sa voix grave, de son discours maîtrisé et de son sens de la repartie, certains de ses interlocuteurs imaginent un homme de 40 ou 50 ans. C’est que l’intitulé de son poste fait frémir : chef de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF), soit l’élite de la police judiciaire en matière de criminalité en col blanc. Aussi, lorsque ce haut gradé informe par téléphone entreprises et cabinets de notaires qu’ils apparaissent dans des investigations en cours, le représentant ou le cadre de la société se retrouve vite sidéré. « On va parler directement. Votre structure est impliquée dans une enquête portant sur du blanchiment d’argent, a-t-il coutume d’annoncer. Tout simplement, vous avez été bénéficiaire de certaines transactions frauduleuses… »
Si le commissaire Patrice B. existe et occupe bien de telles fonctions, ce n’est en réalité pas lui au bout du fil mais un jeune imposteur : Shimon B., 25 ans. Né à Paris, il s’est expatrié en Israël où il vit avec son épouse et leur jeune enfant, plus précisément à Netanya, une station balnéaire prisée de la communauté francophone qui fut aussi, par le passé, le refuge d’escrocs de haut vol. En cet été 2025, le jeune Français l’ignore mais plusieurs de ses lignes sont placées sur écoute par de vrais policiers. Ce qui va permettre de lever le voile sur une arnaque de grande ampleur : en usurpant la qualité de commissaires de police ou de magistrats le plus souvent spécialisés dans les infractions financières – y compris celle du procureur de la République financier, Pascal Prache –, Shimon B. parvenait à obtenir de ses victimes documents de sociétés et remises de fonds.
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