Stéphane Troussel, président (PS) du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, a saisi le Défenseur des droits, vendredi 23 octobre, à la suite de l’alerte émise par des avocats du barreau du département relative aux conditions de détention « indignes » de dix-sept mineurs au dépôt du tribunal de Bobigny au cours de la nuit de mardi à mercredi.
Selon leur rapport, étayé par des photos, les adolescents ont dû patienter dans des cellules sales et froides, sans matelas, munis seulement de couvertures de survie. Le froid est une « alerte majeure » pour les avocats, qui ont constaté des « tremblements » chez au moins trois jeunes.
Cette visite « avait pour objectif d’observer les conditions de détention des mineurs dans le contexte particulier du mouvement lycéen depuis septembre 2026, caractérisé par une forte répression avec un nombre de mesures de garde à vue très élevé et de nombreux déferrements », précisent les avocats.
« Force est de constater que ces mineurs n’ont pas pu être accueillis au cours de la nuit au dépôt de Bobigny dans des conditions acceptables », avait admis dans un communiqué le procureur de Bobigny, Alexandre de Bosschère.
« Les faits supposés de vol ou de violence reprochés à ces jeunes ne peuvent justifier un tel traitement, et les “peines pour l’exemple” ne sont pas justice », ont dénoncé Stéphane Troussel et la vice-présidente du département chargée de l’enfance, Nadia Azoug, dans leur lettre au Défenseur des droits, François-Noël Buffet. « Ces révélations ne peuvent être considérées comme de simples dysfonctionnements. Elles interrogent la manière dont notre société traite sa jeunesse, particulièrement lorsqu’elle est populaire, issue pour beaucoup des quartiers de Seine-Saint-Denis », ont-ils poursuivi.
Une pétition pour la démission du procureur de Bobigny
Ils demandent « qu’une enquête puisse être diligentée sur les conditions exactes dans lesquelles ces mineurs ont été retenus ». M. Troussel et Mme Azoug appellent également à ce « que les éventuelles atteintes à leurs droits soient pleinement établies et que des recommandations soient formulées à destination des autorités compétentes pour prévenir toute réitération de tels faits ».
Selon le procureur, « la présentation au dépôt de nuit de 17 mineurs, chiffre très exceptionnel, s’explique par l’implication de 14 d’entre eux dans une seule et même procédure, pour des faits de vol aggravé dans un commerce de Saint-Denis ». Sept d’entre eux ont finalement été relâchés sans passer devant un juge, pour cause de délai dépassé, a déclaré le procureur au quotidien Le Parisien.
Des personnels du lycée Paul-Eluard à Saint-Denis, l’un des lieux les plus médiatisés de la contestation, ont par ailleurs lancé une pétition, jeudi, pour demander la démission du procureur de Bobigny, qui « a choisi d’appliquer des consignes de fermeté du ministre [de la justice, Gérald Darmanin], faisant arrêter, enfermer et maltraiter à la chaîne des enfants ». Elle a pour le moment été signée par environ 400 personnes.