L’Assemblée de Martinique, l’organe délibérant de la collectivité territoriale de l’île, a achevé, vendredi 25 septembre, l’examen d’un plan de redressement de près de 69 millions d’euros, afin d’endiguer un endettement record qui fragilise grandement l’institution.
Présenté par Serge Letchimy, le président du conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM), ce projet d’« optimisation » combine coupes budgétaires, cessions patrimoniales et nouvelles taxes. Les élus de la majorité ont validé ce plan d’urgence, qui s’étalera sur 2027 et 2028. La collectivité vise 32,2 millions d’euros d’économies dès 2027, puis 37 millions l’année suivante.
La chambre régionale des comptes (CRC) a pointé un « déséquilibre financier structurel » et une dette de 977 millions d’euros, en hausse de 28 % depuis 2021. M. Letchimy s’est engagé à appliquer les recommandations des magistrats, arguant qu’une grande partie de la dette constituait un « héritage ».
Pour freiner ses dépenses de fonctionnement, la collectivité prévoit notamment de réduire les dotations versées aux collèges, aux lycées et à ses organismes satellites. Elle va également diminuer progressivement ses effectifs en ne remplaçant pas certains agents partant à la retraite.
Côté recettes, la majorité a adopté une nouvelle taxe patronale, le versement mobilité régional et rural. L’exécutif a aussi entamé la vente de biens immobiliers pour 12 millions d’euros et la cession d’actions dans la société d’investissement Sagipar.
Colère de l’opposition
Dans l’opposition, ce nouveau projet suscite de vives critiques. Le conseiller territorial Jean-Philippe Nilor juge la situation financière « très alarmante », de nombreux indicateurs étant dans le rouge. « Il ne faut pas déguiser un plan d’austérité en plan d’optimisation », a fustigé l’élu du mouvement Ansanm pou Péyi-nou (apparenté à La France insoumise). « Ma responsabilité en tant qu’élu, ce n’est pas de voter des économies pour faire plaisir à un tableau Excel », a-t-il affirmé.
Refusant que cette stratégie budgétaire soit une simple « photocopie » du plan précédent, M. Nilor réclame un « tableau de bord trimestriel » pour vérifier l’application réelle des mesures. Il demande par ailleurs une « revue complète de toutes les politiques publiques », afin d’identifier leur efficacité et de privilégier des économies « structurelles » et « durables ».
M. Nilor a enfin ciblé les graves retards de paiement de l’administration, qui pénalisent lourdement les entreprises locales. « Ce n’est pas normal que la CTM paie à 131 jours alors même que le délai légal est de 30 jours. Donc nous sommes dans l’illégalité », s’est-il indigné.