Culture

Géraldine Nakache : « Naître de l’autre côté du périph m’a donné l’envie »

Géraldine Nakache : « Naître de l’autre côté du périph m’a donné l’envie »

Actrice, scénariste et réalisatrice révélée au grand public avec son premier film Tout ce qui brille (2010) et le duo solaire qu’elle y formait avec son amie Leïla Bekhti, Géraldine Nakache, à 46 ans, vient de signer son quatrième long-métrage Si tu penses bien, sur le thème de l’emprise.

Je ne serais pas arrivée là si…

… Je n’étais pas née dans le 92 [les Hauts-de-Seine], à l’hôpital Foch de Suresnes, en 1980. Grandir à Puteaux, dans une cité qui ne brûlait même pas [rires], avec l’obsession de Paris qui était à dix minutes, ça m’a constituée. J’ai embêté ma famille avec ça pendant l’adolescence et puis je l’ai raconté dans Tout ce qui brille. Donc merci papa, merci maman, de m’avoir fait naître de l’autre côté du périph, ça m’a donné l’envie.

Qui étaient vos parents ?

Tous les deux juifs, ils venaient d’Algérie, ma mère d’Oran, mon père de Constantine. Elle était assistante comptable, lui travaillait dans l’informatique. Ils avaient été arrachés à leur source, mais il y avait chez eux l’idée que sourire était une manière de tenir son rang. Ils avaient leur petit numéro, avec mon père qui faisait des blagues et ma mère qui désamorçait : « Marco ! Enfin ! »

Cet « arrachement », vous en aviez conscience, enfant ? Ou il a fallu attendre que vous alliez à Constantine tous ensemble en 2023, deux ans avant la mort de votre père ?

J’ai compris tôt cette part tragique parce que, quand je leur posais des questions sur l’Algérie, ils ne parlaient que des odeurs. Ça ressemblait à un refus d’obstacle, et je me disais que, quand on ne veut pas raconter, c’est qu’il y a quelque chose de terrible. Une fois sur place, j’ai pu constater qu’effectivement, les odeurs n’étaient pas les mêmes qu’en Europe. Mais là-bas, j’ai compris que, de mon côté, il y avait des choses que je n’avais peut-être pas voulu comprendre. Et surtout, la parole s’est libérée, même entre mes parents, alors qu’ils avaient été mariés pendant cinquante-quatre ans, et qu’ils venaient d’endroits et d’expériences pas très éloignés. Il y a des choses qu’on ne se serait jamais dites à la maison, dans le canapé, à cause d’une espèce de pudeur vampirisante.

Il vous reste 82.24% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Vous avez peut-être manqué