Les Forges de Tarbes, principale société française fabriquant des corps d’obus notamment utilisés par l’armée ukrainienne, ont été placées, lundi 26 octobre, en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Tarbes. Le propriétaire de l’usine, Europlasma, avait sollicité l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire, ouvrant la voie à l’arrivée d’un repreneur pour cette entreprise stratégique du secteur de l’armement.
Les Forges de Tarbes emploient actuellement une soixantaine de salariés et produisent les fûts d’obus de 155 mm utilisés par les canons Caesar fournis par la France à l’Ukraine.
Le groupe Europlasma a racheté le site de Tarbes en 2021 et promis de moderniser cette usine vieillissante pour augmenter les cadences et atteindre une production de 15 000 pièces par mois en 2025. La direction générale de l’armement (DGA) a saisi le parquet de Tarbes pour « lui signaler des décisions de gestion récentes de l’entreprise qui semblent avoir précipité la dégradation rapide » de sa situation financière.
Le groupe Europlasma en difficulté
Dans une lettre ouverte rendue publique au début du mois d’octobre, les salariés confiaient leur désespoir. « Nous avons le sentiment de ne pas être soutenus, ni entendus », regrettaient-ils, demandant « solennellement l’intervention de l’État ». Ils expliquaient notamment n’avoir jamais vu venir les investissements promis et déploraient l’absence de communication de la direction.
Deux autres sites d’Europlasma sont également en difficulté. La Fonderie de Bretagne est en liquidation judiciaire alors que le métallurgiste nordiste Valdunes est en quête d’un repreneur.
Le groupe, initialement spécialisé dans le secteur de la dépollution, a largement creusé ses pertes en 2025, reconnaissant des problèmes de trésorerie en raison notamment du « caractère déficitaire de la majorité de ses activités ». Il avait annoncé en avril sa volonté de céder ses activités de défense et avait affirmé être en discussion avec « un industriel français ». Mais huit mois plus tard, aucune annonce n’est venue confirmer ces premières déclarations.
Les dirigeants du groupe ont par ailleurs été auditionnés dans le cadre d’une enquête parlementaire sur la « prédation des capacités productives par les fonds spéculatifs ».
« Il n’est pas acceptable qu’une usine aussi stratégique pour la défense nationale mais aussi européenne soit soumise à tant d’incertitudes », a dénoncé la présidente (Parti socialiste) de la région Occitanie, Carole Delga, qui a appelé le gouvernement à agir. « Les investissements doivent être faits pour maintenir le site en bon fonctionnement », a-t-elle ajouté, alors que la préfecture des Hautes-Pyrénées a pris le 9 octobre un arrêté demandant la mise en conformité de certains équipements de l’usine d’ici fin décembre, faute de quoi leur mise à l’arrêt sera ordonnée.