Chroniques de guerre

Une Russe à Paris

Une Russe à Paris

En France, l’émigration commence par l’enfant. Le soigner. Puis le scolariser. Ce sont les questions que nous, ma femme et moi, nous posons d’emblée quand nous touchons le sol français, à propos de ma fille Bella, âgée de 8 mois. « T’es-tu déjà inscrite au centre Paris Familles ? As-tu un carnet de santé ? » Je suis assise dans le bureau d’une avocate en droit de l’immigration, et je n’ai aucune idée de ce dont elle me parle. Je me demande si le cauchemar va se poursuivre.

Je suis russe, fondatrice d’un média indépendant à Moscou, exilée en France car classée « ennemie » du régime de Poutine depuis que notre président a déclenché la guerre en Ukraine. Or quelques heures à peine avant ma rencontre avec cette avocate, j’étais à la préfecture pour essayer d’avoir un visa plus protecteur, et l’employée n’a pas trouvé meilleur conseil que de me dire d’aller à l’ambassade de Russie. Dans la foulée, je me suis fait voler mon téléphone portable, unique sésame pour accéder à mon compte bancaire.

Et voilà que cette avocate me pose des questions incompréhensibles… Mais cette fois, comme par enchantement, celle qui va plus tard devenir une amie m’inscrit à une vitesse vertigineuse au portail administratif de Paris Familles, franchissant avec une admirable aisance les bugs techniques. Elle devient notre ange gardien. Si ton enfant est vacciné et possède un carnet de santé, tu es déjà presque une migrante légale.

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