Культура

La « Penthésilée », de Kleist, fait couler le sang, mais un peu en vain, au Théâtre du Vieux-Colombier, à Paris

La « Penthésilée », de Kleist, fait couler le sang, mais un peu en vain, au Théâtre du Vieux-Colombier, à Paris

Exécutée dans les règles d’un art qui convoque l’intensité de la profération, le signifiant des postures, l’éloquence des regards et l’excès des passions, la Penthésilée, que met en scène, au Théâtre du Vieux-Colombier, à Paris, l’artiste allemand Michael Thalheimer, est un curieux motif d’observation. Une tragédie, dont la fin est connue d’entrée de jeu, puisqu’elle démarre et s’achève par la mort d’Achille, héros grec tué par la reine des Amazones, en dépit de l’amour qu’elle lui voue (et qu’il lui porte tout aussi vainement en retour).

Traduite par Julien Gracq (1910-2007), la pièce de Heinrich von Kleist (1777-1811) entame une sarabande infernale puisque ne s’offre à elle aucune porte de sortie. Sauf une. Et qui est essentielle : la langue du poète, qui, tout en déroulant le récit d’un drame perdu d’avance, va devoir activer la passion, le désir, l’espoir, bref la vie, dans toute sa fureur et ses débordements. C’est au rythme de la phrase que bat le pouls du spectateur.

Les descriptions des champs de bataille, les introspections des protagonistes, leurs aveux d’amour et leurs déclarations de guerre, les appels au divin, aux sœurs de lutte, aux mères, aux compagnons, tout passe, tout circule, tout existe dans cette narration exaltée. Le proche comme le lointain tissent la course des mots. Il est beau, et il est tempétueux, le long travelling de théâtre écrit par Kleist, mais il ne suffit pas, hélas, à retenir l’attention du public.

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