[Longtemps, dans la France d’après-guerre, notamment lorsque Jean-Marie Le Pen a émergé sur la scène politique, les femmes se sont tenues à l’écart de l’extrême droite, la jugeant trop violente et radicale. Tout a changé lorsqu’en 2011 Marine Le Pen a pris la présidence du Front national, devenu Rassemblement national (RN) en 2018. Aux trois derniers scrutins présidentiels, les femmes ont autant voté pour elle que les hommes d’âge, de diplôme et de classe sociale similaires. Ce basculement tient-il à la seule figure de « Marine », comme l’appellent ses électrices ? Dans quelle mesure est-il le fruit de la « dédiabolisation » du parti menée par celle-ci ? Que racontent ces Françaises qui, aujourd’hui, assument le vote d’extrême droite ? Ce sont quelques-unes des questions que se pose Marie Charrel, journaliste au Monde, dans son ouvrage Radicales. Pourquoi l’extrême droite séduit les femmes (Ed. Les Léonides, 304 pages, 21,90 euros), à paraître le 14 octobre.]
Julie a un peu plus de 35 ans, mais certains matins, confie-t-elle, lorsqu’elle se regarde dans le miroir, elle s’en donne cinq de plus. « Passé la trentaine, et encore plus après 40 ans, les inégalités se voient sur les visages : les riches ont des moyens pour prendre soin de leur peau que les pauvres n’ont pas », observe-t-elle. Vendeuse à temps partiel, elle est née près de Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire. La ville a connu un passé minier glorieux : le bassin, exploité dès le Moyen Age, a porté l’expansion sidérurgique régionale au XIXe siècle, jusqu’aux années 1970. Les parents de Julie ont connu la fin de cette époque. En 1992, le puits Darcy ferme. L’exploitation du bassin se poursuit en mines découvertes pendant huit ans encore.
Il vous reste 85.61% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.