Pour les amateurs d’architecture et de patrimoine, c’est un rendez-vous incontournable : nichée dans un vallon secret du massif des Corbières, c’est bien l’une des plus belles abbayes cisterciennes d’Europe que l’on découvre au bout de la route. Mais qui sait que l’abbaye fondée en 1093 a été sauvée de la ruine, après des siècles de splendeur, de déclins et de renaissances, par Gustave Fayet et sa famille – laquelle continue aujourd’hui à la faire vivre et à l’entretenir ?
Au tout début du XXe siècle, l’homme, aussi artiste qu’entrepreneur, issu, comme son épouse, Madeleine d’Andoque, d’une importante famille de propriétaires terriens et viticoles du Languedoc, est à la tête d’une fortune considérable. Conservateur du musée de Béziers (Hérault) depuis 1900, il a arrêté de peindre pour se consacrer à son activité de collectionneur. Fin 1907, il apprend que l’abbaye de Fontfroide, abandonnée par les moines en 1901, à la suite de la loi Waldeck-Rousseau, qui soumettait les congrégations religieuses à une surveillance administrative, est mise aux enchères. Et qu’elle risque fort d’être vendue au sculpteur américain George Grey Barnard, un antiquaire sans scrupules achetant des fragments d’édifices religieux pour les revendre ou pour constituer sa propre collection aux Etats-Unis.
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