Chez les Vuillaume, la lutte est affaire de famille. Léo (son prénom a été modifié pour protéger son anonymat) n’avait pas 13 ans quand sa mère Stéphanie s’est toquée de l’embarquer sur les ronds-points et dans les « manifs » des « gilets jaunes » de Besançon, à l’hiver 2018. Huit ans et des dizaines de cortèges plus tard, on retrouve le garçon de 19 ans micro en main, mardi 13 octobre 2026, sous la banderole « Lycée Pergaud mobilisé », pour l’« acte V » du soulèvement lycéen qui secoue le pays depuis trois semaines. « Ce mouvement, je me suis mis dedans direct », dit-il, visage encore poupin. Une évidence pour cet étudiant en BTS informatique qui, s’il n’a jamais été « scolaire », s’est très tôt piqué de passion pour l’histoire de la lutte ouvrière, au point d’adhérer au parti du même nom.
Voilà donc trois semaines qu’il se lève à 6 heures pour bloquer son bahut et participer à des assemblées générales. Comme ailleurs, la liste des griefs est longue : la vétusté du lycée – le plus important de la région Bourgogne-Franche-Comté, sorti de terre au début des années 1960 –, la mauvaise isolation du bâti (surchauffé l’été, glacé l’hiver), les classes surchargées, le matériel informatique obsolète, sans oublier la « roue de la fortune Parcoursup » qui distribue les destins à l’aveugle.
A quelques pancartes de là, on trouve Frédéric Vuillaume, dit « Fred », 55 ans, chasuble rouge Force ouvrière (FO), traits marqués par la lutte, qui s’époumone : « On est là ! » Le chant de ralliement des « gilets jaunes » s’est enrichi au gré des mobilisations : à la défense des salariés et des retraités s’est ajouté le soutien aux lycéens. Fred, c’est le mari de Stéphanie, le beau-père par alliance de Léo. Une « grande gueule » incontournable dans le coin : agent d’entretien dans un lycée, délégué syndical FO « de la base », « gilet jaune » de la première heure, de tous les combats sociaux bisontins. Avec « la Stéph’ », ils se sont rencontrés sur le rond-point du bowling de Chalezeule, à l’est de Besançon, au début de 2019, et se sont dit « oui » il y a deux ans. Toute la bande des « gilets jaunes » était de la noce, ça va sans dire.
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