Culture

Kantemir Balagov, réalisateur de « Butterfly Jam », aimerait pouvoir « arrêter la nostalgie »

Kantemir Balagov, réalisateur de « Butterfly Jam », aimerait pouvoir « arrêter la nostalgie »

Quelle vie reconstruire quand son monde s’est effondré subitement ? Quatre ans après avoir critiqué publiquement l’invasion de l’Ukraine et quitté précipitamment la Russie, le réalisateur Kantemir Balagov, 35 ans, cherche encore la réponse. « L’état du monde m’affecte vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. J’essaie d’y échapper quand j’écris, mais il finit toujours par retrouver son chemin », confie-t-il un après-midi de septembre, assis dans un café parisien, une casquette Dogs & Wine Make Everything Fine (« des chiens et du vin, tout va bien ») vissée sur la tête. Butterfly Jam, son troisième long-métrage, centré autour d’une relation père-fils, saisit un monde d’hommes où le refus de montrer ses faiblesses mène à une violence irrémédiable. « Peut-être qu’aujourd’hui la vulnérabilité fait cruellement défaut », ajoute-t-il, au sujet notamment des grands leaders de ce monde, une tasse de thé noir à la main.

La fragilité et le doute, Kantemir Balagov baigne en plein dedans. Après un détour par Los Angeles où l’intégration s’est révélée difficile, lui et sa compagne, la cinéaste Kira Kovalenko, se sont installés à Paris. Ils y apprennent le français et tentent d’y maintenir à flot une vie précaire, hantée par les souvenirs. Il y a moins d’une dizaine d’années, leurs premiers films, âpres et pleins d’énergie, faisaient d’eux les étoiles montantes d’un renouveau du cinéma russe. « J’ai toujours voulu vivre dans le Nord-Caucase et y faire des films, dit-il. J’aimerais pouvoir arrêter la nostalgie. J’ai beau savoir que si je rentrais, tout serait différent, je n’y arrive pas », dit-il.

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