Le collégien de 14 ans qui a tiré sur le principal et une enseignante dans l’enceinte du collège Joseph-Lakanal à Aubagne (Bouches-du-Rhône), lundi, reconnaît « la matérialité des faits » mais conteste « avoir voulu tuer les personnes ciblées », a communiqué le Parquet national antiterroriste (PNAT), mercredi 14 octobre, jour de la présentation de l’adolescent devant trois juges d’instruction antiterroristes en vue de la mise en examen. Sa détention provisoire a été requise.
« La perquisition réalisée à son domicile et lors de son interpellation mettait au jour l’utilisation par le mis en cause de nombreux comptes de réseaux sociaux » qui, selon « une première analyse », « révélait la probable adhésion à la communauté True Crime Community (TCC) », décrit le PNAT. Toutefois, s’il « admet avoir été influencé » par cette communauté, le mineur dément « avoir inscrit son action » en son nom Il invoque plutôt une « volonté de vengeance en raison d’un harcèlement des professeurs et ses camarades » non corroboré à ce stade des investigations. C’est la première fois que le lien est fait directement en France par la justice antiterroriste entre un passage à l’acte et ce type de profil de fans de tueries de masse.
« La True Crime Community est un réseau virtuel, fondé sur le partage de podcasts, articles, sites internet, réseaux sociaux alternatifs et publications, dont les membres sont fascinés par des meurtres et leurs auteurs », a expliqué le Pnat. « Au sein de celle-ci, se détache une sous-communauté vouée aux tueurs de masse, qui par la diffusion massive de contenus ultraviolents tend à désensibiliser ses adeptes à la violence. Par une glorification de la violence extrême comme vecteur de lutte contre les difficultés personnelles, la TCC promeut le passage à l’acte par imitation. »
Armé d’un fusil de chasse, l’adolescent avait ouvert le feu et blessé le principal de l’établissement et une enseignante avant d’être désarmé par le conseiller principal d’éducation (CPE) de l’établissement puis interpellé. Des incapacités totales de travail de 45 jours et de 10 jours ont été prescrites au proviseur et à l’enseignante touchés par balles. « Plusieurs personnes situées à proximité immédiate des coups de feu sont particulièrement choquées », souligne le Pnat.
Pas connu pour des faits de délinquance et de radicalisation, selon le préfet
Mardi, le PNAT déclarait se saisir de l’enquête et soupçonnait l’auteur d’adhérer à la communauté True Crime Community (TCC), qui glorifie les tueries de masse. L’information judiciaire, ouverte mercredi, porte sur des chefs de « tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste », « association de malfaiteurs terroriste en vue de crimes contre les personnes » et « port et transport sans motif légitime d’armes, munitions ou de leurs éléments de catégorie C et D ». Les investigations ont été confiées à la sous-direction antiterroriste, service coordonnateur, à la direction générale de la sécurité intérieure et à la direction zonale de la police nationale Sud.
Son père et sa mère ont été placés en garde à vue « pour essayer de comprendre comment ce jeune s’est retrouvé en possession de cette arme », avait fait part le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, venu sur les lieux lundi. Le collège n’a pas rouvert ses portes mardi pour les élèves. Le tireur avait dissimulé son fusil dans un étui de guitare. Cet élève en classe de troisième « n’est pas connu pour des faits de délinquance ni de radicalisation », assurait le préfet.